Le château de Sully-sur-Loire

Œuvre de l’un des plus grands architectes de l’époque médiévale, Raymond du Temple, le château de Sully, flanqué de hautes tours et ceint de larges douves, inscrit ses nobles volumes entre les eaux de la Loire et de son affluent, la Sange. Il fut la demeure très animée du grand Sully, ministre d’Henri IV, et resta plusieurs siècles dans sa descendance.

Blessée devant Paris le 8 septembre 1429, Jeanne d’Arc est invitée par Charles VII à séjourner au château de Sully, chez son chambellan, Georges de la Trémoille. Mais ce séjour prolongé ressemble bientôt à une mise en résidence surveillée. L’acharnement de la Pucelle à combattre les Anglais paraît désormais inopportun alors que Charles VII et son conseil tentent, discrètement, de se rapprocher du duc de Bourgogne. En avril 1430, Jeanne prépare son départ à l’insu du roi. Avec l’aide de Jean, duc d’Alençon, elle se dirige vers Compiègne assiégée. Le 23 mai, les Bourguignons de Philippe III le Bon la livrent aux Anglais contre rançon.

Le donjon de La Trémoille

Dès l’époque gallo-romaine, le site de la plaine sur lequel est édifié au XIe siècle la première forteresse commande l’un des rares franchissements de la Loire. Le château qui commande ce passage stratégique  revient en 1218 au roi Philippe Auguste qui y fait bâtir une tour.

En 1381, la famille poitevine de La Trémoille acquiert par mariage la seigneurie de Sully, Guy de La Trémoille et son épouse, Marie de Sully, font appel au célèbre architecte Raymond du Temple, pour faire édifier un nouveau château. Les travaux, qui commencent en 1395, s’achèvent vers 1400.

Le donjon, imposante bâtisse rectangulaire flanquée de quatre tours rondes et dotée d’un toit immense, comporte trois étages qui accueillent chacun une unique et vaste pièce. Ceint de remparts et de douves, le château est alors protégé par un pont-levis, le pont aux Prêtres. Au rez-de-chaussée, une porte simple encadrée de deux tours permet d’accéder à la salle commune et aux offices. La salle du haut est dotée d’une splendide charpente de chêne en berceau brisé.

Les aménagements de Sully

Lorsqu’il acquiert le château en 1602, Maximilien de Béthune possède une fortune importante qui lui vient de son épouse, Anne de Courtenay. Indéfectible huguenot, amis fidèle du roi Henri YV, il a suivi ce dernier dans tous ses combats avant de prendre la direction des finances du royaume en 1596. Ses talents de gestionnaire lui permettent de renflouer les caisses de l’Etat, s’attirant davantage encore l’estime du roi qui, en 1606, érige pour lui la seigneurie de Sully en duché-pairie.

Le premier duc de Sully, qui cumule désormais de nombreuses charges, s’attache entre 1602 et 1609 à transformer le château à son goût. Il fait raser la tour érigée du temps de Philippe Auguste ainsi que la collégiale Saint-Ythier, largement ruinée, qui occupaient la basse-cour. Mais surtout, il fait édifier dans le prolongement de la tour carrée du portail datant du XIVe siècle le « petit château », ensemble de bâtiments à vocation résidentielle. Ce nouvel édifice, plus intime, qui permet de séparer les bâtiments d’apparat et de résidence, est prolongé par la tour de Rosny dans laquelle le ministre aurait installé son imprimerie. Des galeries couvertes dédiées à la promenade surmontent les murs d’enceinte, au pied desquelles s’étend désormais le parc aménagé. Le ministre fait également renforcer les levées pour protéger la petite ville de Sully des crues dévastatrices du fleuve.

Un château malmené par l’histoire

Après la mort de Sully, en 1641, le château demeure dans la famille de Béthune-Sully qui, durant trois siècles, y accueille une brillante société. Au XVIIIe siècle, les ducs de Sully font édifier le logis qui relie la tour carrée au donjon. Mais les péripéties de l’Histoire n’épargnent pas le domaine, malmené par la Révolution, partiellement détruit lors d’un incendie en 1918, puis bombardé durant la Seconde Guerre mondiale.

Classé par l’administration des Monuments historiques en 1928, le château appartient depuis 1962 au département du Loiret. Plusieurs campagnes de restauration ont permis de redonner une partie de son lustre à Sully. On peut y voir aujourd’hui un mobilier somptueux, des décors de grisaille – cette technique picturale qui donne à un support plat l’illusion d’un relief sculpté – ainsi que des tapisseries du XVIIe siècle.

Le château en dates

Construction de la première forteresse
À la demande de Guy de la Trémoille, chambellan de Charles VII, Raymond du Temple dresse les plans de Sully
Fin des travaux de construction
Jeanne d’Arc blessée séjourne au château
Acquisition du château par Maximilien de Béthune connu dès lors sous le nom de Sully
Henri IV érige la seigneurie de Sully en duché-prairie
Construction du « petit-château »
Mort de Sully
Destruction partielle du château par un incendie
Le château est classé par l’administration des Monuments historiques
Le département du Loiret fait l’acquisition du château

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