Le château de Montreuil-Bellay

Émergeant d’une vaste enceinte dominant le cours du Thouet, tours et tourelles signalent l’existence d’un important ensemble de constructions, datant pour la plupart de l’époque où l’architecture gothique s’effaçait derrière celle de la Renaissance. Ce château, forteresse et demeure de plaisance, ne compte plus ses hôtes illustres, tout au long d’un passé tumultueux mêlé de près à la « grande histoire ».

Le connaissait-il personnellement ou bien sa réputation était-elle si bien établie en Anjou qu’elle parvient aux oreilles du romancier ? M. Niveleau, commerçant à Saumur et acquéreur, en 1822, du château de Montreuil-Bellay, passe en effet pour le modèle du père avare dans Eugénie Grandet, l’un des plus célèbres romans de Balzac.

Le personnage semble en tout cas avoir veillé avec amour sur ses deniers : au château, il limita les réparations nécessaires, surtout soucieux d’y loger des locataires ; avec la municipalité, il s’engagea dans de longs procès, joignant à l’extrême économie le goût de la chicane. Fort heureusement, sa fille augustine eut un destin plus riant que l’infortunée Eugénie : mariée au baron de Grandmaison et bientôt héritière de Montreuil, elle se montra, pour sa part, attentive à redonner au château sa grandeur passée.

La forteresse des Berlay

Sur ’emplacement d’un castrum romain dominant les rives du Thouet, Foulque Nerra, comte d’Anjou, fait bâtir au XIe siècle un donjon, aujourd’hui disparu, pour défendre la province contre les prétentions du duc d’Aquitaine. En 1025, il fait don du fief à l’un de ses fidèles lieutenants, Berlay, dont le nom déformé sera celui de la ville s’étendant aux pieds des remparts du château au XIIe siècle, par les ducs d’Anjou, déterminés à châtier l’indiscipline de leurs vassaux : en 1140, Geoffroy Plantagenêt s’empare de Montreuil, infligeant à son seigneur une captivité si rigoureuse que le pape s’en émeut.

En 1217, la dernière des Bellay, Agnès épouse Guillaume de Melun, lui apportant le fief en dot. Ce sont les Melun, qui se maintiendront à Montreuil pendant deux siècles, qui entreprennent de rebâtir l’enceinte : celle-ci, s’étendant sur près de deux hectares, est séparée de la ville par un profond fossé qu’enjambe un pont-levis défendu par une barbacane. les murailles sont cantonnées par treize tours dont la base est percée d’archères. Un second pont-levis, partant de la barbacane, donne accès à la basse-cour, abritant bâtiments résidentiels et services.

Les constructions du XVe siècle

En 1415, ce château bien défendu échoit, toujours par mariage, à Jacques II d’Harcourt. Son fils Guillaume d’Harcourt, époux de Yolande de Laval, la belle-sœur du bon roi René, effectue d’importantes transformations à Montreuil : c’est à lui que l’on doit le châtelet d’entrée encadré de deux tours qui défend le pont-levis, la construction du bâtiment de la Capitainerie, jouxtant le châtelet, la collégiale flamboyante, qui remplace l’ancienne chapelle seigneuriale, ainsi que les deux édifices formant l’ensemble résidentiel du château.

Adossé aux courtines , le Château neuf est un vaste rectangle cantonné de quatre tours rondes couvertes en terrasse ; à l’angle est du bâtiment, une tourelle polygonale, coiffée d’un toit en forme de cône chevauché par trois niveaux de lucarnes à haut fronton, abrite l’escalier à vis. Sur la façade sud, une autre tourelle polygonale abrite un autre escalier, d’autres tourelles à clochetons abritant des escaliers secondaires.

Au midi, un bâtiment en retour d’équerre contenant deux oratoires superposés. Face au château neuf, une curieuse construction, le Petit Château, était dévolue au logement des chanoines desservant la collégiale, qui abritait également l’étuve seigneuriale : il forme quatre habitations distinctes, chacune desservie par un escalier logé dans une tour à toit conique.

Des Orléans-Longueville aux actuels propriétaires

Cet ensemble fastueux change de mains en 1488, à l’extinction de la descendance des Harcourt-Laval. Montreuil-Bellay revient alors à une branche de la maison d’Orléans, les Longueville, descendant également de la sœur de  Guillaume d’Harcourt. À la fin du XVe siècle les Longueville s’emploient à achever la construction du château,  et renforcent ses défenses en faisant aménager , en avant de la barbacane qui défend l’entrée, un boulevard d’artillerie.

Cousins des rois de France, les Longueville contractent de brillantes alliances et exercent de hautes charges. Henri II, duc de Longueville, s’aliène pourtant la faveur royale : il a le tord de prendre part à une conspiration contre Richelieu, en 1626, puis de devenir un ardent frondeur. Sa femme Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, n’est pas en reste : l’impétueuse duchesse qui collectionne les amants, est envoyée se morfondre à Montreuil pour s’être trop impliquée dans la Fronde.

Vendu pour la première fois de son histoire en 1662, le château passe au maréchal de La Meilleraye puis, par héritage, aux Cossé-Brissac et aux La Trémoille. Saisi en 1792 comme bien d’émigré, le château, transformé en prison pour femmes; redevient propriété privée au XIXe siècle. Un de ces propriétaires le transforme en remise à blé et fait abattre le donjon, avant que les La Trémoille ne parviennent à recouvrer la propriété de Montreuil. Effrayés par l’ampleur des travaux de restauration, ils vendent le château en 1822 à M. Niveleau, négociant à Saumur. La fille de ce dernier, devenue par son mariage baronne de Grand maison, s’adresse en 1860 à un élève de Viollet-le-Duc, Joly-Leterme, pour mener à bien la restauration de l’ensemble; relativement respectueux de l’existant.

Elle et son mari légueront le château à leur neveu Georges de Grandmaison. Un de ses descendants éponymes, maire de Montreuil-Bellay pendant seize ans et parlementaire de l’arrondissement de Saumur pendant près de cinquante ans, ouvrira le château, transformé en hôpital, aux blessés de la Grande Guerre. Resté dans la descendance des Grandmaison, le château appartient aujourd’hui à la famille de Thuy.

Le château en dates

foulques Nerra confie la citadelle de Montreuil à son vassal Giraud Berlay, devenu Bellay.
Construction de l’enceinte.
L’Anjou est définitivement rattaché à la Couronne.
Construction de la collégiale, du Château neuf et du Petit Château par les Harcourt.
Troubles de la Fronde. Geneviève de Condé est contrainte par Louis XIV à s’exiler dans son château de Montreuil-Bellay.
Vente du château au maréchal de la Meilleraye.
Le château est réquisitionné et transformé en prison pour femmes monarchistes.
CAchat de Montreuil par M. Niveleau.
Restauration du château par l’architecte Joly-Leterme.

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