Le château de Gien

Anne de France , fille aînée de Louis XI et de Charlotte de Savoie, exerça la régence de 1483 à 1491, pendant la minorité de son frère Charles VIII. Comtesse de Gien elle entreprit la reconstruction du château en 1481. Louis XIV avait coutume de déclarer lors de ses voyages : « Cela ne vaut point la vue de mon château de Gien ». Le souverain avait été séduit par l’emplacement de cet édifice construit par Anne de Beaujeu à la fin du XVe siècle, aux limites de l’Orléanais
.

L’imposante demeure qui se reflète dans les eaux bleutées du fleuve est considérée comme l’un des premiers châteaux de la Loire, tant par sa date de construction que par sa situation géographique. En 1652, les troubles de la Fronde mettent en péril le pouvoir royal. Le jeune Louis XIV, alors âgé de 14 ans, sa mère Anne d’Autriche et son premier ministre Mazarin sont contraints de trouver refuge au château de Gien, déserté depuis la mort d’Anne de Beaujeu, en 1522.

Le roi est dans le dénuement le plus total : son valet de chambre rapporte que le souverain n’avait pour se vêtir qu’une robe de chambre de velours vert qui lui servait depuis trois ans et qui lui venait aux mollets. C »est de Gien que Louis XIV reconquiert son royaume : l’armée royale, conduite par Turenne, défait les troupes de Condé à Bléneau, à une quinzaine de kilomètres du château.

Un comté convoité 

Le château de Gien fut souvent le cadre d’événements fondateurs de l’histoire de France. On connait mal le château médiéval des comtes de Gien, qui précéda l’édifice actuel. La première mention des comtes de Gien remonte au XIème siècle : Rainaud , ancêtre de la lignée, épouse en 1015 la fille du roi Robert, Adélaïs.

Leur petit-fils , Guillaume, s’illustre pendant la première croisade aux côtés de Godefroy de Bouillon; à son retour de Terre sainte, il doit se battre contre le comte du Mans, qui assiège son château. Vaincu, il séjourne quatre ans dans les geôles du château de Blois  avant de recouvrer son fief et son titre de comte.

Son fils Guillaume connait semblable mésaventure : parti en croisade avec Louis VII en 1147, il perd son comté, accaparé pendant son absence par le duc de Donzy. Gien est ensuite revendiqué par le comte de Nevers, Pierre de Courtenay. Philippe auguste let fin à ce nouveau conflit et rattache Gien au domaine royal. En 1307, le château est cédé en apanage par Philippe le Bel à son frère Louis, comte d’Evreux : il revient à la Couronne un siècle plus tard.

En 1410 y est signé le traité établissant la « confédération de Gien », par laquelle le jeune duc d’Orléans s’allie aux ducs de Berry, de Bretagne et de Bourbon afin de venger son père assassiné par le duc de Bourgogne. Gien reste le témoignage de la libéralité des rois de France, et est cédé successivement au comte de Henrichemont, connétable de France, puis à Dunois, le fidèle compagnon de Jeanne d’Arc.

De ce château qui compta tant de propriétaires au Moyen Age, peu d’éléments subsistent : quelques caves sous l’aile sud et la tour dite de « Jeanne d’Arc », qui séjourna quatre fois à Gien.

Le cœur du royaume

A la fin du XVe siècle, Gien devient l’apanage de Pierre de Bourbon. son fils épouse Anne, fille du roi Louis XI, dont la sagesse lui valut le surnom de « bonne dame »; On dit d’Anne de Beaujeu : « Elle eut été digne du trône par sa prudence et son courage, si la nature ne lui eut refusé par le sexe auquel est dévolu l’empire » . Elle assure dès 1483 la régence du royaume pendant la minorité de son jeune frère Charles VIII.

Gien, dont Anne de Beaujeu a entrepris quelques années plus tôt la reconstruction, apparaît comme le cœur du pouvoir politique. Ce nouveau château,à la charnière de l’art gothique et de l’art de la Renaissance, est conçu comme une demeure d’agrément, et non comme une forteresse. Bâti sur un plan en équerre, s’articulant autour d’une vaste cour, l’édifice est entièrement construit en briques rouges et noires, sur lesquelles se détachent les chaînages de pierre. Cette savante polychromie agrémente les volumes austères de l’édifice.

La lumière, se reflétant sur les briques, crée une atmosphère chaleureuse et colorée. L’aile sud, longue de plus de soixante-quinze mètres, abrite les salles d’apparat et de réception. Elle s’ouvre par de larges baies sur la Loire, qui coule en contrebas. L’aile orientale est réservée aux appartements privés, dotés d’un grand confort. Raffinement suprême, ce logis est doté d’un appartement des bains, comprenant étuves et bains froids.

Construction quasi royale, Gien est le dernier des châteaux du Moyen Age : au moment où sa construction est achevée, vers 1494, Charles VIII conquiert une partie de l’Italie, où il découvrira un art nouveau. De cette confrontation de cultures allait naître la Renaissance .

Les heures sombres

Anne de Beaujeu meurt en 1522 à Chantelle, dans le Bourbonnais. Cette mort marque la fin des heures fastes du château de la « bonne dame », progressivement délaissé par les rois de France. Ses propriétaires successifs, parmi lesquels le chancelier Séguier en 1654, n’y séjournent que de façon sporadique.

Son acquisition par le département du Loiret, en 1823 , le sauve de la ruine : on y installe la sous-préfecture et le tribunal. Mais des épreuves plus terribles sont encore à venir : alors que le château a miraculeusement survécu à la tourment révolutionnaire et aux récupérateurs de matériaux, il manque d’être irrémédiablement détruit pendant la Seconde Guerre mondiale.

Tête de pont sur la Loire, la vielle de Gien subit un véritable déluge de bombes , du 15 au 18 juin 1940. Le terrible incendie déclenché par ses bombardements met en péril le château : le feu gagne le 19 juin les combles de l’aile orientale, dont les charpentes et les planchers sont entièrement consumés. Un orage providentiel éclate, qui empêche la propagation du sinistre et épargne à l’édifice une ruine définitive.

Le château en dates

Traité de Gien
Construction du château pour Anne de Beaujeu
Règne de Charles VIII
Mort d’Anne de Beaujeu
Louis XIV se réfugie à Gien pendant la Fronde
Acquisition du château par le département du Loiret
Destruction partielle du château pendant les bombardements
Création du Musée international de la chasse

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