Le château de Clos-Lucé

Petit manoir en brique et pierre bâti au XVe siècle à proximité du château d’Amboise, le manoir du Clos-Lucé accueillit le grand Léonard de Vinci, qui y fut l’hôte du roi François Ier. Son cadre de vie reconstitué ainsi qu’une exposition permanent consacrée aux inventions rappellent le souvenir de ce génie universel qui se montra un précurseur dans de nombreux domaines.

L’accueil fut à la hauteur de l’éminente qualité de l’invité : à la fin de l’année 1516, Léonard de Vinci, venant de Rome, traversa les Alpes à dos de mulet, accompagné de son élève , Francesco de Melzi, et de son fidèle serviteur, Battista de Villanis. Son hôte, François Ier, avait mis à sa disposition le manoir de Cloux – appelé aujourd’hui Le Clos-Lucé – et une pension annuelle de 700 écus d’or, demandant seulement en échange de sa magnificence de goûter la conversation du maître.

Pour Léonard, atteint de paludisme, Clos-Lucé fut le refuge des dernières années. Dans ce cadre , il continua de travailler à ses projets, quand il n’organisait pas de somptueuses fêtes où se pressait toute la Cour. Lorsqu’il séjournait à Amboise, François Ier, empruntant un souterrain reliant le château royal au manoir, ne manquait pas de venir rendre visite à l’un des plus grands esprits du temps. Assista-t-il à la mort du maître, le 2 mai 1519 ? Une tenace tradition l’affirme, que rien, pourtant , ne vient étayer.

Le manoir de Cloux

Autrefois propriété des religieuses de Moncé, qui la tenaient depuis le XIIIe siècle des seigneurs de la maison d’Amboise, la terre de Cloux, plantée de vignes, est acquise, sous le règne de Louis XI, par Étienne Le Loup, maître d’hôtel du roi, garde des forêts d’Amboise et de Montrichard. Sur l’emplacement d’un édifice gallo-romain, il fait bâtir, à la mode du temps, un petit manoir en brique rose et tuffeau, comportant deux ailes en retour d’équerre, à l’ange desquelles s’élève une tourelle d’escalier polygonale.

À droite de cet ensemble, un chemin de ronde conduit à la tour de guet, qui témoigne que l’agrément n’exclut pas les préoccupations défensives. Le domaine, auquel on accède par un pont-levis, possède également son colombier seigneurial, ou « fuye », qui pouvait abriter jusqu’à 500 pigeons.

Après la disgrâce d’Étienne Le Loup, le roi Charles VIII acquiert le manoir en 1490, pour la somme de 3 500 écus d’or. Dans ce cadre champêtre, situé près de son château d’Amboise, le roi aime oublier les soucis du pouvoir. Il fait construire , en avant de l’aile gauche de la cour, une petite chapelle gothique qui servira d’oratoire à sa femme, Anne de Bretagne.

Royale hospitalité

Le manoir sert ensuite de résidence à Louise de Savoie, très tôt veuve de Charles de Valois, duc d’Angoulême, qui y séjournera fréquemment avec ses enfants, le futur François Ier et Marguerite de Valois, l’auteur de L’Heptaméron. Devenu roi de France en 1515, François Ier fait du manoir la résidence de Léonard de Vinci, qui y séjournera de 1516 jusqu’à sa mort, en 1519.

Le 19 juin 1518, une grandiose fête, organisée par le maître, y est donnée pour le mariage de Laurent de Médicis et de Madeleine de La tour d’Auvergne, les futurs parents de Catherine de Médicis. Toute la cour y assiste, depuis des tribunes installées dans la cour, ou depuis l’ancien chemin de ronde transformé en galerie ouverte.

Visité par tous les hôtes de marque de la Cour – il fera notamment admirer au cardinal d’Aragon la Joconde, qu’il a emporté dans sas bagages, ainsi que les tableaux représentant sainte Anne et la Vierge et saint Jean-Baptiste . Léonard, veillé par son domestique , Battista de Villanis, et par sa fidèle cuisinière, Mathurine, à laquelle il léguera en mourant son grand manteau de cuir, mène une vie simple, gouvernée par la création et  par l’étude. C’est au Clos-Lucé, notamment, qu’il travaillera au projet de l’assèchement des marais de la Sologne et, peut-être, aux plans du futur château de Chambord.

Après la mort de Léonard, qui sera inhumé dans la collégiale Saint-Florentin, détruite à la Révolution, le manoir sert de maison d’hôtes, notamment pour Louise de Savoie, qui y réside alors que François Ier guerroie en Italie, pour Marie Babou de La Bourdaisière, qui fut aimée du même, ou encore pour Michel du Gast, capitaine des gardes d’Henri III, qui devait participer à l’assassinat du duc de Guise.

Le souvenir de Léonard

Passé à la maison d’Amboise, qui parvient à lui éviter toute dégradation durant la Révolution, le manoir, un temps occupé par une fabrique de tapis, est augmenté d’un pavillon à droite de la cour d’honneur, au XIXe siècle, tandis que ses volumes intérieurs subissent de fâcheuses divisions. Le Clos-Lucé appartient depuis plusieurs générations à la famille Saint-Bris, qui s’est attachée, avec le soutien de l’association Léonard-de-Vinci, à éliminer les restaurations abusives dont l’édifice a fait l’objet et l’ouvrir à la visite.

La chambre de Léonard de Vinci, son cabinet de travail, la grande salle où il accueillait ses hôtes ou encore sa cuisine ont reçu un ensemble de mobilier, de tableaux et de tapisseries datant en majeure partie des XVe et XVIe siècles, tandis que les salons, aménagés au XVIIIe siècle par la famille d’Amboise, conservent plusieurs meubles provenant du château de Chanteloup, aujourd’hui détruit, propriété du duc de Choiseul. Entouré d’un parc romantique, le manoir possède aussi un élégant jardin Renaissance, orné de buis taillés et de roses.

Le château en dates

Construction du manoir de Cloux par Étienne Le Loup
Acquistion du manoir par Charles VIII fin du XVe siècle. Charles VIII fait construire l’oratoire d’Anne de Bretagne
Règne de François Ier
Installation de Léonard de Vinci au manoir
Mort de Léonard de Vinci au Clos-Lucé
Début de la Révolution française
Restauration de l’édifice et édification de l’aile droite

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